Dossier

L’investissement en dettes secondaires : un marché qui n’a rien de secondaire !

Charlène Nespoulous

En l’espace de quelques années, l’investissement non-côté (private equity, dette privée, immobilier non coté, infrastructures…) a pris une place, SA place, au sein des allocations de clients patrimoniaux après avoir séduits les institutionnels.
Dans le sillage du private equity, un autre segment a pris une importance considérable ces dernières année, il s’agit de la dette privée.
La dette privée consiste à financer directement des entreprises via des fonds spécialisés, en marge du circuit bancaire traditionnel.
Cette montée en puissance de la dette privée s’explique par plusieurs facteurs structurels :

  • Un retrait relatif des banques sur certains segments de financement depuis la crise financière de 2008 ;
  • Des investisseurs en quête de rendements plus élevés que ceux offerts par les marchés obligataires cotés ;
  • Des taux désormais plus élevés, qui ont revalorisé le portage de la dette à taux variable.
    Dans ce contexte, une nouvelle brique a émergé : la dette secondaire. Par analogie avec le marché secondaire en private equity, la dette secondaire désigne l’achat et la vente de parts de fonds de dette privée ou de portefeuilles de prêts déjà constitués.
    Concrètement, il peut s’agir :
  • pour un investisseur (assureur, fonds de pension, family office…) de céder sa participation dans un fonds de dette privée avant son échéance ;
  • pour un gérant, de restructurer un véhicule existant via une opération « GP-led » (transfert de portefeuilles dans un nouveau fonds) ;
    Pour un investisseur privé, la dette secondaire présente plusieurs atouts spécifiques par rapport à un investissement « primaire » en dette privée :
  • Un potentiel de rendement amélioré grâce aux décotes : les transactions secondaires se réalisent souvent avec une décote sur la valeur liquidative du fonds ou du portefeuille de sous-jacents de l’ordre de 20%. Le niveau de décote dépend de nombreux facteurs : qualité des actifs, maturité résiduelle, etc.
  • Avoir une meilleure visibilité grâce à un investissement dans un portefeuille déjà investi : En effet, dans un fonds de dette primaire, l’investisseur s’engage alors que le portefeuille n’est pas encore constitué et il lui faudra parfois 2 à 3 ans pour que le capital soit pleinement déployé. A la différence de l’acquisition au secondaire qui permet d’investir dans un portefeuille déjà pleinement investi.
  • Une durée d’investissement plus courte : l’investisseur entre plus tard dans la vie du fonds, quand le portefeuille génère déjà des flux et l’horizon de liquidité est plus proche (par exemple 4–6 ans au lieu de 7–10 ans sur un primaire, selon les stratégies). Pour un investisseur patrimonial, cela signifie moins de temps d’attente avant d’observer une performance nette positive et une durée d’immobilisation du capital plus compatible avec certains objectifs (préparation de retraite, transmission, etc.).
  • Une diversification immédiate : entrer sur le secondaire permet d’accéder immédiatement à des portefeuilles souvent très granulaires comprenant des dizaines, voire des centaines de
    lignes, investis dans des secteurs variés, avec des sponsors multiples et souvent plusieurs millésimes de prêts et de fonds. Cette granularité permet d’atténuer le risque idiosyncratique propre à certaines entreprises, tout en évitant la concentration que l’on retrouve parfois dans les fonds primaires en cours de constitution.
    L’investissement en dette privée et au secondaire présente de sérieux atouts mais n’est pas non plus sans risque. Il est important de rappeler qu’il existe un risque d’illiquidité. En effet, la sortie anticipée est difficile voire impossible en dehors d’une revente sur le marché secondaire, elle-même incertaine ainsi qu’un risque de crédit avec un potentiel défauts des emprunteurs.
    Il est donc impératif, comme pour tout investissement, de sélectionner des gérants spécialisés disposant d’une expérience avérée sur ce segment afin de se prémunir des risques liés à cette classe d’actifs.

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